La finale suisse de Ma thèse en 180 secondes revient à l'EPFL

Antoni Gralak, Mehdi Ali Gadiri et Camille Lambert prendront part à la finale suisse © 2026 Alain Herzog/EPFL CC BY SA

Antoni Gralak, Mehdi Ali Gadiri et Camille Lambert prendront part à la finale suisse © 2026 Alain Herzog/EPFL CC BY SA

Trois minutes pour expliquer l’essentiel de sa thèse au grand public : quatorze doctorantes et doctorants relèveront le défi le 21 mai lors de la dixième finale suisse du concours MT180. Les trois candidats de l’EPFL racontent leur expérience.

Depuis dix ans, le concours Ma thèse en 180 secondes fait salle comble. Le 21 mai au Rolex Learning Center il offrira une nouvelle plongée au cœur des laboratoires, éclairant l’univers fascinant de domaines souvent méconnus, allant de la biologie aux sciences politiques, en passant par la microtechnologie et la littérature. Quatorze doctorants et doctorantes des universités suisses, sélectionnés lors d’événements locaux, partageront tant leurs résultats que leurs passions. Ce n’est qu’en prenant un peu de recul que le public remarquera la performance : condenser plusieurs années de travail en trois minutes attractives sans passer outre la rigueur scientifique. Les trois principaux critères du jury reposent sur la qualité de la vulgarisation, la capacité à éveiller la curiosité ainsi que les qualités oratoires. Humour, sens du récit et créativité sont donc au service d’un double objectif : rendre la science accessible et révéler de véritables talents de communication.

En dix ans, près de 400 doctorantes et doctorants de l’EPFL ont bénéficié de formation à la prise de parole en public par des professionnels des médias avant de s’essayer à l’exercice, d’abord lors des sélections internes. Au fil des ans, l’événement — que certains craignaient, à ses débuts, de voir tourner la science en dérision — s’est imposé comme un rendez-vous attendu et apprécié. Il permet également de créer des liens entre des scientifiques de disciplines qui ont rarement l’occasion de se rencontrer.

Parmi les finalistes, les trois scientifiques de l’EPFL partagent leur expérience, leurs attentes et les pans de leur travail sur lesquels ils ont dû faire l’impasse pour leur présentation. Une chose est sûre, ils auront enfin une réponse toute prête et satisfaisante pour l’interlocuteur curieux qui leur demandera « tu fais quoi dans la vie ? ».

Un travail d’orfèvre au service de la santé

Pour Mehdi Ali Gadiri,ce concours dépasse largement la simple performance oratoire. Il touche à l’enjeu fondamental de la transmission du savoir. « Même les avancées scientifiques les plus prometteuses perdent de leur portée si elles ne sont ni partagées ni comprises », souligne ce doctorant au Laboratoire des systèmes micro-biorobotiques. Au centre de sa thèse, un cathéter miniature intégrant des capteurs de pression capables d’explorer les vaisseaux du cœur les plus fins avec une précision inédite. Un projet ambitieux, dont le principal défi réside dans l’extrême miniaturisation : intégrer plusieurs capteurs dans un fil de moins d’un tiers de millimètre de diamètre, tout en conservant leur sensibilité. Une précision proche de celle de l’horlogerie et un travail minutieux, souvent réalisé à la main : « L’assemblage et l’interface entre le microscopique et le macroscopique se sont révélés particulièrement délicats ». Mais pour le concours, « je me suis concentré sur le message clef pour le grand public : l’utilisation concrète du dispositif, capable de mesurer la pression et le débit sanguin. Ces notions sont immédiatement parlantes, car liées à la santé. » Sa double formation en médecine et ingénierie lui assure « une combinaison précieuse, qui me permet de garder en permanence en tête les besoins concrets des patientes et patients, tout en traduisant ces enjeux cliniques en solutions techniques — et inversement, en rendant ces choix technologiques pertinents et compréhensibles pour le personnel soignant ».

Fort des retours très positifs reçus lors de la sélection interne, il aborde la finale avec confiance et humilité, déterminé à conserver la même approche tout en portant haut les couleurs de l’EPFL, avec la volonté intacte de partager son travail avec passion.

Présentation de Mehdi Ali Gadiri lors de la finale interne à l’EPFL

De la microfluidique à l’analyse de cellules tumorales

Habituée comme toute doctorante à expliquer son travail dans des contextes académiques, Camille Lambert s’est régulièrement heurtée à la difficulté de transmettre un message clair à ses proches, oscillant entre des explications trop longues ou trop techniques. L’exercice de vulgarisation lui a ainsi permis de trouver un délicat équilibre entre aller à l’essentiel et ne rien perdre de la rigueur scientifique. Au point que cette expérience « a même influencé la manière de structurer mes travaux écrits, en m’aidant à clarifier mes idées et à mieux comprendre mon propre sujet », affirme-t-elle.

Formée comme ingénieure, elle a d’abord travaillé durant sa thèse au Laboratoire de biologie des systèmes et de génétique à la conception d’une puce microfluidique permettant d’analyser des cellules avec précision, en les photographiant une à une, avant de les encapsuler dans de minuscules gouttelettes pour caractériser leur contenu. Elle a cependant bifurqué vers l’analyse de données biologiques issues de cellules tumorales circulantes. « Un virage exigeant, qui m’a forcée à sortir de ma zone de confort pour appréhender des données complexes, sans réponse toute faite ni point d’arrivée clairement défini. » Entre formations en statistiques, échanges avec ses collègues et apprentissage par la pratique, elle a progressivement gagné en confiance jusqu’à faire de cette approche son domaine de prédilection. Derrière son travail fondamental se dessine un objectif à long terme : mieux comprendre les cellules cancéreuses qui circulent dans le sang, identifier celles qui présentent un risque accru de propagation, et, peut-être un jour, améliorer le diagnostic et le traitement des cancers. Si ces applications restent encore lointaines, elles ouvrent la voie à des approches de diagnostics plus précoces, plus rapides et potentiellement moins coûteux.

D’ici la finale, elle « poursuit son perfectionnement en recueillant des retours sur la clarté de son message et en travaillant sa présence scénique, consciente que la capacité à captiver un public se joue tant dans le fond que dans la forme ».

Présentation de Camille Lambert lors de la finale interne à l’EPFL

« Le travail de thèse exige endurance et résilience »

Antoni Gralak cherche à comprendre comment les protéines interagissent avec l’ADN et entre elles. Animé par un double moteur — le défi personnel et l’opportunité rare de s’adresser à un large public —, ce doctorant auLaboratoire de biologie des systèmes et de génétique s’est lancé dans le concours avec l’envie de condenser l’essence de plusieurs années de recherche en un récit clair et accessible. Un exercice exigeant, qu’il décrit à la fois comme stressant et particulièrement stimulant. « J’aime transmettre et prendre la parole », commente-t-il. « De plus, la vulgarisation scientifique relève d’une importance cruciale aujourd’hui, non seulement pour informer, mais aussi pour susciter l’intérêt et renforcer la confiance du public envers la recherche. Cette dimension est encore trop peu présente durant le doctorat, souvent cantonné aux échanges entre spécialistes. »

Au fil de sa thèse, le principal obstacle n’a d’ailleurs pas été technique, mais réside dans la nature même du processus scientifique : un chemin long et sinueux, jalonné d’échecs, d’hypothèses à revoir et d’expériences infructueuses. « Une réalité qui exige endurance et résilience, où l’on avance par petites étapes, grâce à des réussites ponctuelles qui permettent de garder le cap et de ne pas perdre de vue l’objectif global », se rappelle-t-il. Cet effort de synthèse imposé par le format de trois minutes l’a contraint à laisser de côté une grande partie du travail concret de laboratoire, des expériences à l’analyse de données. « Et j’épargne également au public certains aspects plus fastidieux du quotidien scientifique », sourit-il.

Enfin, à l’approche de la finale, il consacre son énergie à un dernier défi de taille : adapter et maîtriser son discours en français, une langue dans laquelle il ne se sent pas encore totalement à l’aise. Un exercice exigeant, mais qu’il aborde avec détermination, soutenu par son entourage, et toujours guidé par cette même volonté de rendre la science accessible au plus grand nombre.

Présentation d’Antoni Gralak lors de la finale interne à l’EPFL


Auteur: Cécilia Carron

Source: EPFL

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